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Interprétations Diverses
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Mp3, polémique et art de vivre

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Auscultons le bilan de fin d'année des Inrocks - Thu, 27 Dec 2007 15:27:03 -0600

Le bilan de fin d'année des Inrocks, c'est toujours un grand moment. Dès qu'il est publié, c'est un peu le Café du Commerce dans ta chambre : les mails arrivent de partout pour dénoncer ce scandale, cette saignée, cette trahison aux valeurs historiques du magazine. Cette année, Interprétations Diverses chausse sa mauvaise foi et en dit aussi du mal.


Le classement des 50 meilleurs disques de 2007 des Inrocks vient d'être publié et comme tous les ans, ce vieux magazine vingtenaire en prend plein la tête dans les commentaires (lisez-le, c'est assez marrant). Mais élargissons le débat et essayons de comprendre pourquoi, une fois de plus, ce classement ne rassemble que les déçus.

Les Inrocks publient cette année dans l'édition papier les listes de chaque critique et on peut donc mieux se rendre compte des rapports de force au sein de la rédaction. Nous avons compté les points.
Si l'élection du disque de l'année était un vote démocratique et non pas une élection à la russe, voici à quoi aurait ressemblé le top 10 (pardon pour les ex-aequos) :
  1. LCD Soundsystem - Sound of Silver (8 votes)
  2. PJ Harvey - White Chalk (8 votes)
  3. Animal Collective - Strawberry Jam (6 votes)
  4. Panda Bear - Person Pitch (6 votes)
  5. Loney Dear - Loney, Noir (5 votes)
  6. Burial - Untrue (4 votes)
  7. The Coral - Roots & Echoes (4 votes)
  8. Robert Wyatt - Comicopera (4 votes)
  9. Beirut - The Flying Cup Club (4 votes)
  10. Neil Young - Chrome Dreams II (4 votes)
  11. Radiohead - In Rainbows (4 votes)
  12. Alela Diane - The Pirate's Gospel (4 votes)
  13. Gossip - Standing in the way of control (4 votes)
A comparer avec le top 10 réel :
  1. LCD Soundsystem - Sound of Silver
  2. Justice - ?
  3. Loney Dear - Loney, Noir / Sologne
  4. Animal Collective - Strawberry Jam
  5. Klaxons - Myths of the Near Future
  6. Kanye West - Graduation
  7. PJ Harvey - White Chalk
  8. Patrick Watson - Close to Paradise
  9. Alela Diane - The Pirate's Gospel
  10. M.I.A. - Kala
Pour vous aider dans votre jeu des 7 différences, signalons juste que les albums de Justice et Klaxons n'ont receuilli chacun que... trois votes. Quant à Kanye West, il s'est péniblement attiré deux votes. Remarquons aussi que l'album de Neil Young, pourtant plébiscité par quatre rédacteurs, n'est même pas présent dans la liste des 50 meilleurs disques ! Ou que Panda Bear, indiscutablement un des meilleurs albums de l'année, pointe à la 19e place malgré ses 6 votes.

L'explication de ces différences est à trouver dans la liste proposée par JD Beauvallet, éminence grise de la rubrique rock :
  • Burial - Untrue
  • LCD Soundsystem - Sound of Silver
  • Loney Dear - Loney, Noir / Sologne
  • PJ Harvey - White Chalk
  • Justice - ?
  • Klaxons - Myths of the Near Future
  • M.I.A - Kala
  • Kanye West - Graduation
  • Patrick Watson - Close to Paradise
  • Animal Collective - Strawberry Jam
Trop fort le mec : sur sa liste de dix disques, il en place neuf dans le top 10 des Inrocks ! Autant dire que c'est bien JD Beauvallet qui dresse entièrement le classement depuis sa villégiature de Brighton.

Le quota jeunes, le quota rap
Alors pourquoi JD impose t-il dans le top 10 les duettistes Justice et Klaxons, ce qui a le don d'énerver les commentateurs du site lesinrocks.com ? En fait, Beauvallet remplace poste pour poste les vieilles idoles de la nouvelle génération rock par celle de la nouvelle génération électro. L'année dernière, les Arctic Monkeys avaient squatté scandaleusement la première place, damant le pion à TV On The Radio. En 2005, Franz Ferdinand s'était retrouvé miraculeusement à la quatrième place malgré un deuxième disque poussif. Le quota jeunes.

Pourquoi JD met-il dans le top 10 le troisième album de Kanye West, boudé par sa rédaction ? On pourrait invoquer un hypothétique quota de rappeurs dans les tops de fin d'année, Les Inrocks craignant de perdre leur ancrage urbain. On citerait notamment la surprenante cinquième place de Keny Arkana l'année dernière - une place que même Trace TV n'aurait pas assumé.

La règle des trois tiers
Mais plus sûrement, JD reproduit année après année un slogan qu'il a dû lui-même inventer et auquel il doit croire profondément : "rock, électro, rap". Alors que la réalité sociologique de son lectorat est tout autre :
  • Un tiers de vieux lecteurs historiques qui reprocheront toujours aux Inrocks de s'être écarté de l'orthodoxie pop. Leurs critiques préférés ? Christophe Conte et Stéphane Deschamps. Pourquoi ils crient au scandale ? Neil Young n'est pas dans le top 2007.
  • Un tiers de lecteurs attachés à une modernité rock à la sauce Pitchfork. Leurs critiques préférés ? Joseph Ghosn et Martin Cazenave (le mec du web). Pourquoi ils crient au scandale ? Of Montreal n'est que 20e dans le top 2007.
  • Un tiers de lecteurs qui achètent les Inrocks par erreur à cause de la une sur Mika, Arctic Monkeys, Cali ou Gossip. Leur critique préférée ? Johanna Seban (avant qu'elle ne se rallie récemment à la deuxième catégorie), Jean-Marc Lalanne (pour sa défense de Britney Spears). Pourquoi ils crient au scandale ? Yelle n'est que 41e dans le top 2007.
Le triptyque "rock, electro, rap" de JD Beauvallet a peut-être raison pour l'Histoire, pour son lectorat, il aura toujours tort. Le constat fait presque penser à la gauche française. Les Inrocks doivent-ils donc se réformer ?


-> Et encore je ne parle pas de l'hallucinante une du numéro spécial "best of 2007" offerte à... Mika ! Certainement pour le récompenser de sa magnifique 16e place au top albums. Ou peut-être de sa quatrième place au top singles...


2007 en 10 titres (Alexandre) - Thu, 20 Dec 2007 08:19:34 -0600



2007, année de transition, comme 2006, 2005, 2004? on se croirait au PSG. Ici, un résumé approximatif, très shuffle, de mon année musicale. Des branchés, des génies, des Anglais one shot, une fille qui passe à la radio et toujours pas de R&B.

1. LCD Soundsystem ? New-York I love you?
Ballade foudroyante cachée dans un grand album électro où on découvre émerveillé, James Murphy chanteur, quelque part entre un Franck Sinatra en tee-shirt et un Lou Reed rouquin. C?est beau un mec qui chante avec son c?ur et ses limites, comme ça vient.
Voir une vidéo ? Acheter Sound of silver

2. 1990s ? See you at the light
Parcours écossais à un trou, où comment trois tacherons sauvent en trois minutes ce qui reste de ma relation avec le rock britannique. Moment de grâce ou coup de bol monumental, Alex Kapranos devrait faire plus attention à ses poches tout de même.
Voir le clip- Acheter Cookies

3. The Teenagers ? Homecoming
Une chanson pour des filles en petites culottes American Apparel et des garçons qui leurs courent après, on tient là tout un programme politique. Quand on repensera à Homecoming dans dix ans : on se prendra à aimer 2007, ses filles, ses bars, le flou de l?époque, cet hédonisme bon marché. On aura même oublié les Naast.
Voir le clip

4. Los Campesinos ? We throw parties, We throw knives
De l?indie rock élastique et énergique servi par de jeunes gallois voisins de chambre des Spinto Band. « Un garçon chante comme un puceau en lutte contre ses pollutions nocturnes. Pour le soulager, il y a des filles dans des refrains un peu crétin: du genre on est jeune, on boit du Malibu (libre traduction) » j?avais dû dire à l?époque. Je confirme.
Voir le clip- Acheter Sticking Fingers into Sockets

5. The Shins ? Australia
James Mercer donne ici son interprétation des Smiths (sur l?intro il y a un truc je pense). Forcement, le résultat est plus américain, plus rond, la mélodie est garantie de 7 à 77 ans. Australia devrait d'ailleurs être enseigné au carillon ou à la flûte dans toutes bonnes écoles primaires qui se respectent.
Voir le clip - Acheter Wincing the night away

6. Money Mark ? Pick up the pieces
Tous les dix ans, le 4ème homme des Beasty Boys offre un petit sommet de détachement, de groove à lunettes tout en clavier bricolé. Mieux qu?une redite du mythique Hands in your head, Pick up the pieces ouvre la voie pour un come-back de Randy Newman en 2008.
Voir le clip-Acheter Brand New By Tomorrow

7. Feist - 1234
Ex égérie indie, nouvelle corne d?abondance FM, avec My Moon My Man et ce 1234 fluorescent la Canadienne aura accompagné mes après-midi Nova, rendu l?attente au Franprix supportable, écourté un voyage Paris-Toulouse en véhicule utilitaire. Un tube, c?est aussi un détour agréable pour passer le temps.
Voir le clip- Acheter The Reminder

8. Of Montreal ? Grolandic edit
Hissing Fauna, Are You the destroyer ? serait l?album de l?année si la discipline figurait encore au programme. Porte d?entrée radiophonique à l?orgie sonore des Américains, Grolandic Edit file un sacré coup de vieux à Beck. Chez Of Montreal tout le monde amène sa bouteille, à la fin on voit des étoiles et on se prend pour Os Mutantes. Buvons à leur santé le 31.
Voir le clip- Acheter Hissing Fauna, Are You the Destroyer?

9. Elvis Perkins ? Without love
Une grande chanson folk, qui vous rassure de vieillir. Une grande chanson triste, qui vous rassure de ne pas trop sortir. Une grande chanson boisée qui vous fait préférer l?humain à la machine.
Voir le clip ? Acheter Ash Wednesday

10. The Wombats ? Let?s dance to Joy Division
Même pas envie de jeter une oreille sur leur album, The Wombats ont tout dit sur ce single. Jouissif, ironique, régressif, Let?s dance to Joy Division c?est l?arrêt de mort de Bloc Party et des Louis La Brocante ferrailleurs en post-punk. Avec les Wombats, Ian Curtis devient un sujet de blague, le rock anglais s?achète un second degré.
Voir le clip ? Acheter A guide to love, loss and desesperation


Public service announcement with guitars - Thu, 15 Nov 2007 13:57:47 -0600


The Fatima Mansions - Only Losers Take The Bus (MP3)

Au milieu des années 80, Margaret Thatcher avait eu cette phrase merveilleuse: "Tout homme qui prend les transports publics après 30 ans devrait se considérer comme un raté". Vingt ans après, les losers font des blogs MP3, comme le temps passe. En ce jour de grève des transports, spéciale dédicace à toi Margaret, si tu nous lis, ainsi qu'à tous nos amis journalistes amateurs de "prises d'otages" et de micro-trottoirs bidons. "Public system - burn down !"

(PS : morceau notamment disponible sur ce disque)


Opération Conchords - Wed, 14 Nov 2007 11:56:28 -0600
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Flight Of The Conchords est une petite série garantie HBO, une série que l?on ne verra peut-être jamais en France, par des voix non téléchargeables en tous cas. Une série de pas grand-chose, douce amère, drôle mais a son rythme comme du Wes Anderson. La preuve ici avec le pilote de la série dans son intégralité.

L?histoire : deux musiciens néo-zélandais débarquent à New York pour conquérir un nouveau public, à savoir les fans déçus d?Adam Green et quelques autres inadaptés. A New York, ils découvrent les quartiers pour branchés fauchés et l?ordinaire des groupes indé. Ils se traînent une fan collante et imbaisable, se partagent entre amours croisés et foireux, glandent beaucoup, collent des affiches pour des concerts dans des cafés sans estrade et se choisissent pour agent un compatriote employé à l?ambassade de Nouvelle-Zélande. Un rouquin sans talent ni relation qui nous rappelle un peu ce bon David Brent.

Heureusement il reste les chansons. Nos deux kiwis tuent le temps avec les ballades lacrymales, pensent à une collègue de boulot en ragga, parodient Bowie, donnent leur idée d?une pop à la française et parfois se prennent pour Justin Timberlake essayant de lever une fille en fin de soirée. Ils écrivent même une des plus belles chansons d?amour du moment, une déclaration toute conne à la guitare avec le meilleur pote au bord d?une fontaine jouant du piano pour enfant (If you're into it). Flight of The Conchords c?est Sufjan Stevens chez les Inconnus comme l?écrivent les Inrocks, soit l?alliance de quatre songwriters majeurs dans mon parcours musical.

Le duo est signé chez Sub Pop où il a sorti un album (?The Distant Future?)


Il était des fois en Amérique - Thu, 08 Nov 2007 12:00:54 -0600



Moi aussi je profite de l?atlantisme ambiant pour rendre hommage à mon Amérique, cette Amérique où je n?ai jamais mis les pieds. Je tiens à rendre hommage à tous ces groupes la vingtaine inconsciente et érudite venus libérer nos plages et nos blogs. L?Amérique du college rock, des outsiders déclarés, celles qui se rêve européenne et se prend d?affection pour notre soccer. Une Amérique des facs bucoliques où l?on causerait des Feelies avec une héritière Wasp végétalienne et acquise aux thèses de la décroissance. Cette Amérique existe, elle lève une armée de groupes attachants, pas bien dangereux, mais gonflés d?idéaux mélodiques. La preuve tout de suite et par trois.

Say Hi - Notherwestern Girls (MP3)

Say Hi (anciennement Say Hi To Your Mum) sort des albums de rock indé avec la conscience et la régularité d?un ouvrier spécialisé ; déjà quatre au compteur depuis 2002. Leurs chansons sont émotives, portent des tee-shirts taille M et écrivent des thèses sur les Walkmen. Say Hi c?est The National grimé en combo power-pop ou un groupe de Emo qui aurait bien tourné. Notherwestern Girls parle des filles de Seattle, ville d?origine du leader du groupe. Le genre de ville où les filles gardent toujours un parapluie à la main et un roman de Douglas Copland dans leur sac. L?extrapolation, il ne reste que ça quand on ne peut pas voyager.

Vampire Weekend - Campus (MP3)

Un quatuor new-yorkais qui décide de commencer avec un premier album en forme de best of définitif, mérite un certain crédit. Pourquoi se faire chier à composer des titres vides et redondants quand on peut aligner une pépite au centimètre carré ? Oui pourquoi ? Vampire Weekenk ressemble donc à quatre jeunes gens en permission d?une université d?été des jeunes madelenistes, tout pulls noués sur les épaules dehors (voir photo). Des blancs becs évoluant à la frontière entre Dexys Midnight Runners et la pop anglaise de tonton, le tout plongé dans un doigt de calypso et vous obtenez les meilleures compositions entendues depuis six mois au bas mot. Vampire Weekend ressemble au Spinto Band perdu dans le rayon World, à du Of Montreal sans alcool, à ce genre de secret qu?on se refile sous le manteau vers quatre heures du matin. Choisir un seul titre parmi les dix à disposition relève alors de l?arbitraire pur et simple.

Black Moth Super Rainbow - Sun Lips (MP3)

La scène devait se passer dans un dinner room bruyant, le groupe y avait garé son van fatigué. Le café coulait à flot, les pancakes étaient à points. Un des membres du Black Moth Super Rainbow vend alors à ses camarades l?idée d?un titre pompant l?intro de Stawberry Field couplé avec un vocodeur entendu chez Air. Ils finirent leur repas, firent le plein puis s?attelèrent à cette petite merveille désuète et attachante comme une première Atari le soir de Noël.


Kate next door - Wed, 14 Nov 2007 10:03:17 -0600



Kate Nash - Foundations (MP3)
Kate Nash - Mouthwash (MP3)


Profitons de Kate Nash tant qu?il est encore temps, tant que la presse people ne se glisse entre nous. Cette vieille charogne de presse britannique la veut déjà dans le caniveau ; trompée, déchirée, tatouée et avec un marmot abandonné en supplément si ce n?est pas trop demandé. Voyez dans quel état elle a nous a rendus Pete Doherty. Kate Nash vient d?avoir 20 ans, un single numéro 1 (Foundations), un statut de porte-parole générationnel à porter et un album Made of Brick promis à devenir le produit de l'année chez AZ/Universal.

Mais Kate Nash n?est pas Lily Allen. Vous ne présenteriez jamais Lily Allen à vos parents, elle serait capable de vomir le gigot de maman après avoir sifflée le rouge choisit par papa, elle finirait même par chauffer votre petit frère dans le garage la garce. Définitivement, on n?invite pas ses anciens coups d?un soir. Kate Nash leur fera meilleure impression, une beauté rassurante, rousse et gironde. La petite copine anglaise idéale par défaut. Avec son accent à coupé de chavette, elle dessine des histoires où l?on croit reconnaître des gros cons avinés en guise de petits copains. Cette fille vient nous rappeler que l?on avait souvent envie de pleurer à vingt ans, garçon ou une fille. Kate Nash, c?est de la pop au sens premier du terme, accessible et sans arrière pensée, avec une production lustrée derrière. Mais de la pop mélancolique, celle qui vous donne envie de regarder le monde depuis votre fenêtre, celle qui vous rappelle une fille vous plantant au premier rencard, cette pop qui après s?oublie, se remplace, se dissipe. Kate Nash porte un peu de spleen en tête des charts, juste pour ça on se permet un flirt avec le mainstream. Si c'est sans conséquence...


Sauvons Baxter - Thu, 11 Oct 2007 12:23:29 -0500



Baxter Dury - Auntie Jane (MP3)
Baxter Dury - Francesca's Party (MP3)

J?aime et je défends la cause de Baxter Dury pour des raisons musicales évidentes, mais aussi parce qu?il porte en lui un renoncement à comprendre le monde assez attachant que je partage moi-même à mes nombreuses heures perdues. Fils de, mais fils de punk édenté, Baxter m?a toujours donné cette impression de type désabusé. Un regard détaché et alcoolisé, jeté sur un milieu qu?il semble conchier sincèrement. Rien avoir avec un dépressif de fonction ; l?humanité le fait rire, mais rire jaune. Quand il pompe sans permission Heroes à Bowie avec un naturel désarment pour Sister Sister, il ne s?excuse même pas. Les avocats peuvent toujours venir lui sucer les derniers pounds qui lui restent.

Si Papa Dury braillait à la santé des soirs de biture, Baxter murmure pour les lendemains qui déchantent, les lendemains vitreux réveillés par une gorge en feu, les lendemains qui puent la clope, le regret et les boissons bons marchés quand elles existaient encore.

Chez Rough Trade, ses voisins de catalogue étaient jeunes, désirables, le monde prostré à leurs Converses. Ils s?appelaient les Strokes et les Libertines (qui ne portaient pas de Converses mais bon), de l?histoire déjà. Baxter traîna un temps avec les derniers comme on assiste à un carambolage sur l?autoroute. A distance. Sur Rough Trade, il ne vendît pas la queue d?un album avec Len Parrot?s Memorial Lift et Floor Show, pourtant deux fois neuf merveilles pluvieuses. C?était prévu, immérité, logique, dégueulasse. On avait déjà eu notre dose des songwritters poisseux, des fonctionnaires de la sinistrose en mi mineur, marre de cet artisanat larmoyant. Sauf que Baxter tient plus de l?austère qui se marre. En moins jospinien, on dira qu?il ne prend pas sa propre mélancolie au sérieux. Il y a toujours un sourire qui traîne, une ironie sous-jacente, une rythmique presque enlevée. Mais le spleen reprend toujours ses droits, il déborde sur ses envies de pondre une pop-song un tant soit peu innocente. Au fond, on sent bien qu?il voudrait que ses chansons soient moins bégueules, plus directes dans leurs manières. Francesca?s Party ressemble à la parabole de la plus belle fille du lycée, celle qui préfère se morfondre chez elle que de s?abaisser à fréquenter ses condisciples.

Depuis la sortie de Floor Show, deux années sont passées et Baxter se terre malgré lui. Plus de label semble-t-il, seul un titre inédit sur son MySpace comme signe de vie. Love In The Garden, bulletin d?absence trop joyeux pour être vrai, du rock avec un refrain qui claque et Baxter marmonnant toujours ses paroles amères. Soit la classe incarnée et abandonnée.


De la souffrance, de la bonne souffrance - Sun, 30 Sep 2007 13:24:15 -0500

Chez Interprétations Diverses, on croit au journalisme citoyen. C'est pourquoi, avec un brin de démagogie, nous ouvrons nos pages à nos lecteurs. Le célèbre Pradoc de la célèbre Blogothèque nous envoie cette analyse au couteau sur Animal Collective que nous publions volontiers.



Animal Collective - For Reverend Green (MP3)

Pourquoi les journalistes apprécient-ils autant Animal Collective ? Par quel curieux retournement ce groupe très à part, difficile est-il devenu le porte-étendard d?une certaine culture pop ? Ces questions préliminaires ne sont pas des provocations. Loin de moi le désir de rabaisser ce groupe novateur, de vouloir mettre en fuite les auditeurs motivés qui souhaitent tenter l?expérience de Strawberry Jam. Cette introduction est une mise en garde : Animal collective n?est pas très audible pour le public ordinaire, et autant l?avouer, leurs disques provoquent tremblements du pavillon auditifs, acouphènes et pertes de repères. Face à un album d?Animal Collective, l?auditeur est à la fois désireux de comprendre ce qui a lieu et perpetuellement désarçonné. Des amateurs d?expérimentations sonores (des doctorant en Black Dice, et des thésards en Liars) iront même après trois verres, en baissant la voix, de crainte d?être entendus, avouer à regret ne pas arriver à aimer ce groupe bien qu?il soit exactement fait pour eux. Que se passe-t-il donc ? Comment ce groupe provoque-t-il autant d?enthousiasme de principe et si peu de véritables adhésions ? C?est que leur musique est inqualifiable...

Animal Collective est devenu en quelques années chef de file d?un mouvement qui compte peu de membres et s?est installé comme leader incontesté d?un domaine où personne ne lui fait de concurrence : le psyché-rock-noisy (ou le freak-noise, comme il vous plaira). Depuis, le titre qui les fit connaître "Who could win a rabbit", ce groupe a surfé avec bonheur sur ce premier succès qui assura sa réputation de groupe différent, voire de groupe culte. Aujourd?hui, cette formation occupe une place enviable du paysage musical, sa crédibilité indie est au meilleure, et elle a l?honneur d?être tenue comme assez hype pour appartenir au club très fermé des groupes qu?on dit adorer pour épater les voisins, ou pour signifier son appartenance à une sorte d?élite culturelle et musicale. Ne pas connaître animal Collective, c?est par défaut écouter Francis Cabrel. Ainsi soit-il dans le petit monde très hierarchisé des amateurs d?indie-rock. Ce groupe est ainsi devenu au fil du temps un mètre étalon qui permet de constituer des chapelles, de créer des clivages, de séparer le bon grain de l?ivraie, de différencier sans coup férir élégants amateurs pointus et touristes de kiosque à musique.

Car, voilà des musiciens qui écrivent pour eux, ne pensent qu?à se faire plaisir, vivent égoïstement dans leur bulle et se réjouissent d?avoir inventé un cosmos qui est un magnifique refus du compromis, un « non » lancé à la face de l?industrie. De quoi les soutenir et les aimer donc, pour cette démarche. Et de quoi aussi s?assurer grâce à leurs disques des réactions de rejet.

Strawberry Jam est un album éprouvant, on en ressort rincé, les oreilles pendantes, un peu déçu mais étonné et plein d?incompréhension. C?est qu?Animal Collective ne fait rien pour aider. Le disque commence par une longue complainte aboyée pillée au synthétiseur comme un grand saut dans l?eau froide, le contact est rude. Pas d?échauffement, on est de plain-pied dans leur univers, un lieu bizarre que l?on commence pourtant à connaître et qui fonctionne suivant des principes chaotiques mais que l?on peut repérer : mixage des voix, apparition subite de cris et feulements, déstructuration et envol d?ovnis. Ensuite, Strawberry Jam poursuit sur sa lancée, progresse en lignes brisées et se contorsionne. On entend du banjo, du clavier, on entend le chant de la confiture et on est un peu éc?uré, mais bon, on reviendra sûrement piocher dans le pot, plus tard.

Ne pas mettre sur pause un disque d?Animal Collective après trois morceaux, c?est très difficile. Vraiment. Ce n?est pas l?envie qui manque. Alors pourquoi continuer ? C?est que sans le savoir en écoutant Animal Collective, on se forme l?oreille. Et si Animal Collective avait pour volonté de nous violer par les oreilles ? Et donc, de nous rendre ensuite sourds aux autres ?



Si je Mabuses - Sun, 30 Sep 2007 12:53:56 -0500


The Mabuses - Cubicles (MP3)
The Mabuses - In The Long Run (MP3)
The Mabuses - Kicking a Pigeon (MP3)

1991, voyons, j?ai neuf ans et je me construis une culture musicale balbutiante à base de compilations vues à la télé - lesquelles ignorent le premier album de The Mabuses. Eté 2007 (s?il a réellement existé) un mail collectif arrive à la rédaction d?Interprétations Diverses, il émane de l?excellent Stéphane Régy. En dehors de réaliser des portraits Nanni Morettien de Pipo Inzaghi pour So Foot, Stéphane Régy guette les nouveaux post de ce blog. Autant dire qu?en ce moment, l?homme est en manque. Un MP3 à l?appui, son mail évoque un groupe oublié du débuts des 90?s, dont le culte serait célébré par une audience au moins aussi large qu?une réunion d?opposants au régime en Corée du Nord.

En 1991, la britpop barbotte encore dans les balloches de son géniteur, Blur n?a pas encore commencé ses journées du patrimoine britannique, Jarvis Cocker se prépare à une existence de paria, des gens défendent Suede en pleine rue. Kim Fahy, seul maître à bord de The Mabuses, sort un premier album éponyme chez Rough Trade. Fahy choisit le nom de son groupe en référence à la trilogie de Fritz Lang, elle-même adaptée des romans de Norber Jacques sur cet inquiétant docteur Mabuse, figure du mal absolu. A l?image de cet acte de naissance, les chansons sorties du cerveau de Fahy sont référencées, tordues justes comme il le faut, souvent géniales. Un peu comme Dan Treacy, Fahy passe son temps à la recherche de la planque de Syd Barrett, celle qui mène à The Madcap Laughs. Il finit même par la trouver avec un GPS emprunté à XTC. Fahy étudie aussi les Beatles à sa façon, iconoclaste, le genre a pisser sur Yeasterday et à se prosterner sur le Walrus.

The Mabuses est une allégorie psychédélique comme on n?ose plus trop en espérer aujourd?hui. Beaucoup d?idées, des tordues des rigolotes, des refrains loufoques à reprendre à tue-tête sans trop comprendre les paroles. Le tout se trouve résumé sur le fantastique Kicking A Pigeon (It was absolutely nothinh like you said / The dog was dead, a bird was shitting on it?s head / Next I was kicking a pigeon). Vous verrez, après vous aussi vous aurez envie d?emprunter la carabine de votre cousin chasseur.

Fahy sortira un second disque sous le nom de The Mabuses en 1994 avant de se faire aussi discret que Jacques Cheminade.


L'objet du culte - Mon, 10 Sep 2007 10:39:37 -0500



Neutral Milk Hotel - King of carrot flowers part 2&3(mp3)
Neutral Mil Hotel - In the Aeroplane over the sea (mp3)

En 1998, j?ai raté In the Aeroplane over the sea par Neutral Milk Hotel. Pour ma défense, j?étais adolescent, anglo-centré et reclus dans un village où internet restait une promesse lointaine. Aurais-je accroché ? Peut-être pas. L?Amérique ne me parlait pas encore, le folk me semblait une langue morte que l'on pratiquait le soir, tard, sur RTL. Wilco ne m?avait pas encore servi de Champollion. Presque dix ans plus tard, le culte de Neutral Milk Hotel vint à moi, en partie pour des mauvaises raisons, comme ce 10 funéraire donné par Pitchfork. Aeroplane est le deuxième (après On Avery Islands en 96) et il y a malhreureusement des chances second album de Jeff Mangum. Avant de former son groupe, Mangum a zoné quelques temps dans les rues de Denver. Denver plaque tournante et foutraque Sur la Route de Kerouac. Mangum fait parti des ces personnes, trop rares, qui pensent que les grands romans doivent vous servir de mode de vie.

De sa musique, Mangum parle de « fuzz folk » soit du folk saturé, parce que branché en courant alternatif sur un rock écorché et trop sérieux pour son âge. Très vite, Aeroplane devient trop compliqué à décrire, pas envie de s?encombrer avec le dictionnaire des synonymes ou tracer une généalogie incertaine. En trois chansons, les trois premières, Mangum ouvre tellement de pistes. Par laquelle commencer ? On pourrait parler de sa voix à la rupture, des son âme torturée et illuminée par orgues, trompettes et accordéons. On pourrait tenter une parabole à la con avec Arcade Fire, accompagnée d' une histoire de file invisible. Certains titres préfigureraient même le balkanisme de Beirut. D?autres sonneraient comme du Animal Collective, avant l?heure et avant fumette. Jeff Mangum est un patriarche qui s?ignore, aujourd?hui il se cache peut-être dans un chapitre de Kerouac, peut-être celui avec des vagabonds mexicains avinés, alors qu?il pourrait tirer les dividendes son culte. Oui, mais ces peccadilles n?existent pas dans les livres trimballés par Jeff Mangum.

Jeff Mangum s?est inspiré de la lecture du "Journal d?Anne Franck" pour son album. N?ayant pas lu cette oeuvre à l?école, j?ai préféré m?abstenir de toute étude comparée.


Les bons plans de Marshall Crenshaw - Mon, 03 Sep 2007 14:48:41 -0500


Marshall Crenshaw - There She Goes Again (MP3)

1982 : Marshall Crenshaw, un premier album éponyme, une pochette vite fait mal dessinée sur le Photoshop de l'époque, mais au moins un titre parfait, There She Goes Again. 1983 : The Sin Of Pride, classieux ultime album des Undertones, se termine sur les mots "so she goes again, and again, and again, and again...", et encore, et encore. 1991 : les La's sortent There She Goes, titre parfait (bis) auquel il ajoutent un "again" sur le refrain - inutile, la main est déjà sur la touche repeat.

Tout Marshall Crenshaw est dans cette suite pas si illogique : filles, mouvement, adolescence, répétition et imitation. Presque célèbre, presque plagiaire, et pas uniquement par anticipation. Après Elvis dans un bas de soie (Elliott Murphy), Elvis dans un bac à sable. Bruce Springsteen sans muscles, Jonathan Richman sans garage pour répéter, dB's sans pointe de vitesse.

Bref, pas un caïd. Pourtant, Marshall Crenshaw n'avait pas son pareil pour composer des mélodies chewing-gum qui collent au cerveau, sans perdre leur goût au fil des écoutes, en incurable et indispensable romantique, comme un Ben Kweller des années 80.

(PS : on n'ira plus lire les commentaires des posts de la Superette avant même de lire leurs posts. En attendant, ce clip de Sleeper - rayonnages et caddies, costumes aux couleurs douteuses, filles et guitares électriques - est un bel hommage au site qui a réussi le plus beau autosabordage des médias français depuis la Cinq).


Des mélodies à la Pelle - Sat, 11 Aug 2007 05:22:16 -0500



Pelle Carlberg - I love You, You imbecile (MP3)
Pelle Carlberg - Clever girls like Clever boys... (MP3)
Pelle Carlberg - Middleclass kid (MP3)

Le problème quand on se pique de connaître la musique : c?est que l?on devient un exigeant notoire, incapable de se satisfaire de la beauté ordinaire. On s?interdit les ballades lacrymales ? et pourtant qu?est-ce qu?on aurait envie de pleurer sur Angel de Robbie Williams - mais l?évidence devient un ennemi à pendre. Notre belle âme torturée nous réclame de la souffrance pour mieux s?auto-satisfaire. Dans les cas les plus extrêmes, ça amène à s?administrer un album de Liars en intraveineuse. C?est con, car la pop dans ses bons jours, a tant à nous offrir. Déjà un refrain et une voix qui vous caressent, comme dans le cas de Pelle Carlberg, encore un brillant représentant de la mélodie fonctionnelle suédoise. Le genre de type à plaider la monogamie musicale. Pas par manque d?audace, non. Carlberg fait parti de ces artisans chanteurs, qui ont compris qu?une chanson c?était du plaisir à distribuer, une belle idée à tenir sur trois minutes. Il pense même qu?on peut y parvenir avec dignité. En plus, Pelle est aussi nul que moi en page MySpace.

Sur son album In The Nutshell, Pelle Carlberg a parfois soixante balais sonnés avec ses harmonies boisées pour réconcilier Simon avec Garfunkel. Mais à d?autres moments, il redevient l?alter ego plutôt supérieur aux rejetons de la pop suédoise à bloguer. I Love You, You Imbecile, rigole comme un une deux garçon/fille à la Vaselines, avec un grand pont sur I?m from Barcelona à la sortie. Quant à Clever Girls Like Clever Boys Much More Than Clever Boys Like, c?est beaucoup de mots pour une chose simple. Une chanson parfaite. Parfaite, parce que c?est celle-là qu?on aime. Et il n?y aucune d?explication à fournir.

Comme j?aime, j?offre un troisième MP3 pour le même prix. Et aussi, parce qu?il est question d?enfant de la classe moyenne, c?ur de cible social de ce blog d'après nos études.


Sous les falaises de marbre - Wed, 01 Aug 2007 17:07:53 -0500


Young Marble Giants - Music For Evenings (MP3)
Young Marble Giants - Clicktalk (MP3)
The Gist - Love At First Sight (MP3)

La photo ci-dessus ressemble à un extrait d'un film de Bergman, période Monika, ou au cliché qu'on s'en fait : sécheresse, austérité, froideur, tout ce blabla de fin de JT, quand les journalistes du service "culture" se disent qu'ils ne faudrait quand même pas détourner les gens du téléfilm du soir en les incitant à aller s'approvisionner au vidéo-club le plus proche.

Sécheresse, austérité, froideur, que des caractéristiques qu'on a du mal à associer à un triple CD bourré à ras bord. Autant dire que ça doit être la panique chez les militants de la CGC (Confédération des Groupes Cultes), car on réédite ces jours-ci le Colossal Youth des Young Marble Giants, remasterisé et avec bonus tracks à gogo - un peu comme si on republiait un recueil de haïkus avec cinq notes de bas de page par poème. Trahison bourgeoise, sociale-traitrise : passer du "Trop peu de notes !" à la Pléiade du rock.

Intéressons-nous quand même à ces notes de bas de page. Colossal Youth étant le seul album de la bande de Cardiff, on se dit qu'on peut y assouvir le syndrome-du-deuxième-album et enfin trouver des raison de ne pas les aimer, loin des quinze pépites du premier disque, dont l'inusable Music For Evenings. Difficile : bien sûr, il y a des déchets, des démos enregistrées sur un vieux magnéto à piles exténuées, mais une petite merveille banale comme Clicktalking - Feelies sous Tranxène, choeurs de l'armée rouge sous Valium - vaut à elle seule le déplacement (presque autant que les robes de grand-mère d'Alison Statton, dont Kurt Cobain disait "I had a crush on the singer for a while ? didn?t everyone ?").

A défaut de faire de l'analyse de notes de bas de pages, autant donc s'intéresser à un objet moins long : le nom du disque. On insiste beaucoup sur le colossal (pour pointer son contraire - minimalisme, laconisme, etc), alors que c'est le youth qui est important. Pas parce que les Young Marble Giants sont un groupe jeune, de jeunes, ou pour jeunes. Parce qu'ils sont un groupe enfantin, tout pris au plaisir du babil et du bricolage. Et que, si le rock est par essence ado, et que l'adolescence est par définition liée à une époque, l'enfance, elle, est intemporelle.

Colossal Youth est donc un album sans âge, pas parce qu'il n'a pas vieilli, mais parce qu'il n'avait aucun âge quand il a été enregistré. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter Love At The First Sight, de The Gist, le second groupe de Stuart Moxham. Ca ressemble à du Young Marble Giants, ça en a le goût, mais pas la texture : quelques effets et une couche de réverb et voilà ce qu'on appelle de la new wave, alors que Colossal Youth n'appartenait à aucune vague. Six ans, plus tard, Etienne Daho reprendra Love At First Sight (Paris Le Flore) et en fera un tube. Bienvenue dans les années 80.


Et ils marchèrent sur l'eau - Sun, 29 Jul 2007 17:02:00 -0500



Bodies Of Water - Our friends appear like the dawn (MP3)
Bodies Of Water - These are the eyes (MP3)

Depuis tout petit j?ai trop souvent remis les choses à demain. Ce post, il dépérissait dans le tiroir de mes projets à jamais remis. En bon routier de l'indie-blog, La Blogothèque en a profité pour me sauter sur la ligne avec le sens du timing d?un Cédric Vasseur. Du coup, j?écris un peu en chasse-patate, le vent dans la gueule, comme si je voulais prendre la roue de Contador avec mon Vélib. Pour faire vite et écrire comme le type chargé de rédiger les stickers pour un label, Bodies Of Water c?est : « la rencontre entre Arcade Fire et Ennio Morricone». Un rock critique en mal d?excitation irait de son accroche satisfaite : « Ces quatre Californiens inventent le gospel-pop pour la génération MP3 » ou «western-baroque» faut voir après le déjeuner. La version plus intello donnerait : « Les mélodies grandiloquentes de Bodies of Water ont ce sens de l?immensité, de cet espace infini qu?est l?Amérique». On peut aussi se contenter de le consommer ce Ears Will Pop & Eyes Will Blink, le trouver branque avec son côté rock chrétien pour impies.

Ici, le moindre morceau prend un tour épique, frôle la surcharge, les ch?urs enfiévrés pourraient sonner comme un tic, mais quand ces jeunes gens s?époumonent, ils y croient et l?ensemble décolle avec. Chez Bodies Of Water, la vocalise entre filles et garçons (dont un couple) est au centre de tout ; les instruments se greffent autour. Il y aurait tout un tas d?adjectifs à y accoler, des adjectifs qui exalteraient le lyrisme, l?émotion, la ferveur ou juste l?envie de sortir de soi-même. C?est d?ailleurs le grand mérite de Bodies Of Water : viser trop haut, se brûler mais au moins semer le peloton des fades. Ce groupe vous allez le chérir, porter sa parole, ça durera ce que ça durera, mais l?espoir est là.


Une certaine idée de l'enfance - Mon, 16 Jul 2007 15:40:26 -0500


Animal Collective - For Reverend Green (MP3)
The Fiery Furnaces - Automatic Husband (MP3)

Deux grands disques pour l'été, deux groupes qui devraient changer de nationalité. Comment ça, cette phrase est idiote et ne veut rien dire ? Bien sûr que si qu'elle veut dire quelque chose : bien qu'ils soient américains, Animal Collective et les Fiery Furnaces devraient prendre la nationalité allemande, histoire d'honorer jusqu'au bout le pacte Faustien qu'ils sont signés (quelque chose comme "laisse-moi prendre ton âme et te rendre complètement fou, en échange tu signeras les meilleurs disques des zeroties"), et de bien nous rappeler qu'ils ont abattu le mur de Berlin qui régnait, disons à la fin des années 90, entre d'un côté la pop fraîche, sans complexes mais bio-dégradable, et de l'autre les expérimentations en blouse grisâtres des Mormons du post-rock.

Et quand bien même cette phrase serait idiote, Animal Collective et les Fiery Furnaces ne sont-ils pas des groupes idiots ? Attention, pas idiot au sens bête, stupide, bas, mais au sens de anti-intelligent. On peut aimer les plaisirs du rock lettré et s'allonger par terre dans le noir en se vidant le cerveau et en se mettant du Animal Collective à fond. On peut se laisser dériver le long des rivages du rock classieux (les citations littéraires, les passages jazzy, les pochettes en noir et blanc ou des types fument des clopes en plissant des yeux) et se laisser surligner les oreilles par la collection de feutres verts, rouge, jaune fluo des Fiery Furnaces.

On peut avoir accepté l'idée que le rock est devenu adulte, avoir un peu honte de lui quand il ramène ses trois tifs restants pour se faire une frange et va remuer son arthrose au son de la dernière sensation du NME, et donc se délecter de l'idiotie enfantine d'Animal Collective et des Fiery Furnaces, de leur babillage répétitif. De la façon dont le premier bâtit neuf transes à partir d'une idée fixe (le martèlement chamanique, la construction d'une cathédrale sonore montant, sinon au ciel, du moins dans les aigus) quand le deuxième, sur le modèle du cadavre exquis, élabore un morceau transgenres à partir de neuf idées mouvantes.

Strawberry Jam et The Widow ne sont pas seulement, pour l'instant, les meilleurs disques de leurs auteurs, ni des albums qui au fond ne prêcheront que les convertis (soit un Feels en plus barré, ou un Bitter Tea en encore plus réussi), ni une collection de morceaux des deux plus fascinants chanteurs de leur époque. Ils sont, comme les albums de Suicide ou de My Bloody Valentine, des disques qui élargissent les perceptions, et fonctionnent donc très vite (extase, béate ou non, puis addiction) sur le modèle de la drogue. D'ailleurs, quand les caméras de surveillance auront définitivement chassé la came des centre-villes, ce sont sûrement des CD gravés de Animal Collective et des Fiery Furnaces que les dealers, devenant ainsi doublement coupables aux yeux du pouvoir juste et bon, s'échangeront sous le manteau.


En direct de la moto 1 - Mon, 09 Jul 2007 17:43:22 -0500



Kraftwerk - Tour de France (MP3)
Les Wampas - Jalabert (MP3)

Attention ! Ce post réclame des notions de cyclisme.

En juillet la France s?ennuie devant son Tour. Un ennui bien palpable avec ces premières étapes de mornes plaines, où le sans-grade français montre le maillot horrible pour faire plaisir au sponsor. L?échappée de plaine c?est le mythe de Sisyphe sponsorisé par du crédit par téléphone ou du tubulaire bovin. La pierre retombe toujours, le peloton calcule son coup pour vous avaler à quelques hectomètres du but. Seul l?immense Jacky Durand pouvait faucher compagnie à la fatalité.

Prologue à la house filtré, le Tour de France de Krafwerk a tout du morceau de plaine, étalé mais captivant, agrémenté de quelques montées en quatrième catégorie. Nous sommes en 1983, Laurent Fignon claque son premier Tour de France, quand Kraftwerk remonte sur selle, le coup de pédale moins aérien. Aujourd?hui, Fignon prophétise et vanne sur France 2, meilleur consultant sportif facile, aucun coureur n'arrive à lui faire. Normal, Fignon a vu le film avant tout le monde, alors il donne parfois l?impression de se faire chier. Les Allemands eux avaient saisis la puissance répétitive du Tour, cette plongée dans une monotonie presque psychédélique, avec la glacière sur le côté. Pourtant rien de rock dans la Grande Boucle. Elle prend son temps, les préliminaires n?en finissent pas avant les ébats montagnards.

Les groupes français ont toujours snobé la culture populaire de leur pays. Parce que le rock en France, c?est une histoire de centre-ville et de petit bourgeois. Parfois, il lorgne vers le foot: mais il se goure de direction. Le vrai mythe populaire français ça reste le Tour - qui a surtout suscité de la bonne littérature droitière et éthylique, avec Blondin comme maillot dernier verre. Reste les Wampas, groupe stratégiquement populo, du sympathique punk de grupetto capable d?en claquer une belle avec cette pochade dédicacée à Laurent Jalabert, ou de faire pleurer avec leur hommage posthume à Marco Pantani; l'homme qui freinait dans la montée de l'Alpe d'Huez. Jaja, ancien numéro un mondial à l?humour terrien a laissé quinze ans de sa vie à trimer sur des routes départementales, quinze ans dans des hôtels en zone péri urbaine à manger des pâtes, et je ne parle même pas du bronzage dissocié. Tout ça pour que ce veau de public français lui préfère Richard Virenque, l?imposteur à pois rouges sprintant en haut des cols pour un maillot qui n?intéressait que lui. Le temps a passé : Virenque suce la roue sarkozienne et la France des campagnes et des camping rêvent de Christophe Moreau en jaune. Et Jaja pendant ce temps là ? Il courre toujours devant, comme chez les Wampas, mais sur la moto 1.


Et au sommet coule une rivière - Wed, 04 Jul 2007 16:32:13 -0500


Okkervil River - A Hand To Take Hold Of The Scene (MP3)

Le rock, c'est le monde des gauchers. Des types contrariés, dévoyés, malhabiles, aux mauvaises fréquentations, des folkeux ratés qui ont décidé de crier plus fort que les autres ou, un jour, à l'âge de douze ans, d'emmerder le type qui joue Imagine à la guitare sèche en colo en lui cassant sa guitare sur le crâne.

Un disque de rock réussi est donc souvent un disque folk raté. Défiguré. Quand on écoute Okkervil River, on a l'impression de deviner les chansons folk qui se cachent derrière les sanglots coléreux de Will Sheiff, prête à ressurgir unplugged pendant une traversée du désert ou sur un plateau de MTV.

Du moins avant que son créateur ne les défigure. Avec tambours et trompettes, The Stage Names, leur nouveau disque, aurait pu s'appeler New Adventures In Hi-Fi : autrement dit, constituer une bonne illustration de l'adage "travailler plus (l'emballage) pour gagner plus (de fans)" à coups de riffs accrocheurs, de rythmiques qui tombent à l'heure tapante, de pianos dégringolant l'escalier pour mettre fin au morceau. Et même d'une fausse reprise des Beach Boys à la sauce folk-punk en bout de course, histoire d'emmerder le copyright en même temps que les fanatiques de l'acoustique.

The Stage Names est un disque pour ceux qui pensent qu'il y autant, voire plus de beauté, dans le Springsteen de Born To Run que de Nebraska, dans un mélo en technicolor que dans un road-movie fauché en noir et blanc. Il commence par cet aveu implicite : Our life is not a movie, or maybe. Bien sûr que si, les gars, votre disque est un film : à vingt-quatre notes par seconde, il abolit l'ennui et les temps morts, évite la complaisance et la prétention. Vous l'avez bien mérité, votre prix d'interprétation.


Eurockéennes : suite, fin et bilan - Tue, 03 Jul 2007 06:49:18 -0500

De retour à Paris. Il est temps de finir mon compte-rendu des Eurocks. Après promis, on rebalance des MP3. Je reprends donc où j'avais arrêté : samedi, début de soirée, après le concert de Phoenix.


(photo Eurockéennes 2007 by Rod)

21h50. Entre Olivia Ruiz (que je vois tous les jours dans le métro) et Deerhoof (que je ne vois nulle part), le choix est vite fait. Les Américains font presque tâche aux Eurockéennes : mais qui donc peut bien aimer ça, après avoir vu Abd-Al-Malik et Phoenix ? Ca me fait penser au concert d'Animal Collective l'an dernier, sur cette même scène de la Loggia : show anti-sexy au possible et public incrédule se demandant si c'est la vodka-pomme ou les riffs de guitare qui lui filent cette sale nausée. En tout cas, la chanteuse Satomi Matsuzaki est complètement dingue et semble vouloir réhabiliter Chantal Goya sur un mur abrupte de guitares. Un peu comme si le Club Dorothée était présenté par Kim Gordon.

J'embraye sur I'm from Barcelona sur la scène de la Plage. Je m'attends au meilleur concert de ce festival, me basant sur une équation un peu conne : 20 personnes sur scène = autant de raisons de s'amuser. En fait, j'ai complètement raison : les Suédois livrent le meilleur concert des Eurockéennes 2007. Pas tant par leur répertoire, qui reste fort limité, mais par l'incroyable énergie qui s'en dégage. Sur scène, c'est n'importe quoi : le leader Emanuel Lundgren fait des slams sur le public avec son matelas gonflable, une demi-douzaine de mecs ne servent à rien sinon à jouer les Bez (l'inutile heureux des Happy Mondays) ou à lancer des ballons de plage au public, l'hymne We're from Barcelona vire au délire collectif, les côtillons volent, c'est le 14 juillet mais avec des harmonies 60's... La Suède est bien le plus chaud des pays froids.

Pour confirmer la maxime, direction la Grande Scène où vont officier The Hives. Je me méfie : je ne me souviens que de Hate to say I told you so, que j'identifie à la redécouverte du rock par MTV. Sale période. Mes réticences explosent vite, le chanteur Pelle Almqvist est un stupéfiant showman, qui arrangue le public à la moindre occasion et qui semble bien parti pour reprendre la mairie de Malmö. A lui seul, il nous fait quand même oublier que les Hives jouent toujours la même chanson.

Je finis la soirée avec Digitalism, sous le Chapiteau. Pas grand chose à en dire, sinon que sur l'échelle de l'électro fluo en live, il faut les placer après Simian Mobile Disco et avant Justice. Mon festival se finit ici : il faut partir tôt le dimanche pour être frais et dispo le lundi à Paris. Et tant pis pour Arcade Fire, TV On The Radio et Air.

Bilan du festival (en forme de plébiscite scandinave) :
1. I'm from Barcelona, scène de la Plage
2. Junior Senior, scène de la Plage
3. Bonde Do Role, scène du Soundsystem
4. The Hives, Grande Scène
5. Simian Mobile Disco, scène de la Loggia
6. Wu-Tang Clan, Grande Scène
7. Digitalism, scène du Chapiteau
8. Deerhoof, scène de la Loggia
9. Phoenix, Grande Scène
10. Peter Van Poehl, scène de la Plage


Eurockéennes : débuts timides samedi - Mon, 02 Jul 2007 18:22:33 -0500


(photo Eurockéennes 2007 by Rod)

Avant d'attaquer les deux concerts attendus de la soirée (I'm from Barcelona et Deerhoof), voici un rapide bilan de ce samedi après-midi un peu faiblard.

On commence la journée par Joeystarr. Malgré la quarantaine qui se pointe, le rappeur est toujours un incroyable showman capable de faire sauter une foule indécise de début d'après-midi. Mais bon, ce n'est pas non plus l'effervescence et Joey reproche au public de la jouer un peu "bobo". On touche là au problème du rappeur : en s'institutionnalisant, en passant au 20h et à Taratata, Joey Starr est maintenant le cul entre deux chaises, une dans le 9.3, une autre plus confortable rive gauche.

On embraye sur le concert des Scanners, des Anglais un peu près inconnus. Deux jolies filles en front, un côté new-wave flamboyant : on aura passé un bon moment et oublié un temps que la sauce des pâtes à emporter est quand même bien dégueue.

Un tour par la Grande Scène où se produisent les Editors pour confirmer ce qu'on savait déjà : les Anglais ne sont même pas une réponse britannique à Interpol mais plutôt une lancinante question : c'est quand la fin du concert ?

Une heure plus tard, toujours sur la Grande Scène, c'est Phoenix qui s'installe. En conf' de presse, face à une question piège ("Hier, les têtes d'affiche ont livré des shows sans surprise. Est ce que vous avez prévu quelque chose de spécial pour les Eurocks ?") les Versaillais, pris au dépourvu, avaient annoncé des surprises. Ah oui ? Connaissant un peu Phoenix, je me permettais de douter d'une telle affirmation. Et effectivement, un show sans surprise, du Phoenix pur jus, mais moins chiant que prévu. Face à l'immensité de la Grande Scène, le groupe sait s'adapter et proposer de la chair pour les slams qui déferlent sur lui. La "pop d'ameublement" (d'après la célèbre formule de Libé à leur encontre) remplit finalement bien l'espace.


Eurockéennes : fin de soirée - Mon, 02 Jul 2007 18:22:57 -0500


(photo Eurockéennes 2007 by Rod)

L'attraction de la soirée, c'est bien sûr Marilyn Manson. Comme souvent aux Eurockéennes, après un concert de pop, le bourgeois vient goûter aux délices du métal hardcore, rêvant en des Suicide Girls délurées et se remémorant sa jeunesse en Eastpak. J'avais connu cet agréable frisson il y a quelques années avec le show dantesque de Slipknot. J'espérais connaître la même chose, avec celui que la rumeur désigne comme un impitoyable showman. Discussion avec un ami, à quelques heures du concert de Manson :
- Il paraît qu'il s'est fait sucer lors de son dernier concert à Bercy
- Non....?
- Si, je te jure
- Et c'était qui ? une groupie ?
- Non, son bassiste !
- Mais comment il fait pour avoir une érection sur scène ?
- C'est peut-être la musique...
Evidemment, tout le monde attendait, fébril, la pipe. Rien de tout ça. Un show très propre, pour ne pas dire chiant, d'un Marilyn Manson qui laisse paraître un bourrelet au-dessus de son pantalon slim en cuir.

Je me barre vite fait et rejoins le concert des Clipse sur la Plage. Grosse attente pour moi autour de ce groupe que j'avais placé en tête de mon top 2006. Mais grosse déception. Sur scène, Pusha T et Malice ne pensent qu'à crier, oubliant bizarrement de rapper. Du coup, les beats géniaux et anxiogènes dessinés par Pharrell Williams passent à l'arrière-plan, voire même, on ne les entend plus.

On espère se rattraper avec Justice, qui promettent leur premier show européen... sauf qu'on les a déjà vu plein de fois à Paris ! La nouveauté, semble t-il, c'est une scénographie qui se veut ambitieuse, pour ne pas trahir l'héritage Daft Punk. Malheureusement, c'est un peu raté : entourés par deux murs d'enceinte Marshall (pour le côté rock), les Justice surplombent un mur de petites lumières multicolores (censés représenter la machine, et donc l'électro). Evidemment, il y a aussi une grande croix lumineuse, leur emblème marketing, mais rien à faire, la mise en scène lasse au bout de 5 minutes. Musicalement, rien d'extraordinaire, les deux Parisiens n'étant toujours pas de grands DJ's. Même D.A.N.C.E., jouée dans une version remixée, ne soulève pas les foules. Allez mieux vaut aller se coucher.



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